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Auteur
l'Eglise et les media
Zebre
Zebra One

Nous a rejoints le : 19 Oct 2001
Messages : 13 984

Réside à : Lyon
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Le 25 février 2005, a eu lieu le congrès organisé par le Conseil pontifical des Communications sociales sur : « L’Eglise et les médias » au Vatican.
Franz-Olivier Giesbert, directeur de l’hebdomadaire français « Le Point » nous offre une belle et plaisante surprise en s'adressant à l'Eglise catholique.

« L’Eglise a tort chaque fois qu’elle cherche à se faire bien voir de son temps », fait-il notamment remarquer .

« L’Eglise doit être partout. Dans les bidonvilles, au milieu des catastrophes, parmi les damnés de la terre, et aussi sur le petit écran. Il ne s’agit pas, pour elle, d’être de son temps. Il lui faut déranger son temps. Je vous en supplie, dérangez-nous, dérangez le monde », a-t-il encore déclaré.

Vous trouverez le texte intégral de son intervention remarquable sur le site de zenit.org

Je vous en livre quelques extraits, qui pourrons nous aider à réfléchir !



Les journalistes
Nous autres journalistes étions, sommes et serons toujours approximatifs et incontrôlables. Notre mission consiste à rechercher une vérité qui, par définition, nous échappe [...] Comme nous écrivons pour être lus, nous ne sommes jamais complètement rigoureux. Le journalisme est parmi les moins exactes des sciences inexactes. On court après la vérité avec un grand « V » pour n’attraper qu’une petite vérité parmi d’autres, et encore, les bons jours.

Voilà qui nous sommes : des gens de bonne volonté qui parlent souvent très bien de choses qu’ils ne connaissent pas et qui ont tendance à mettre sur le même plan, même s’ils ne les confondent pas forcément, les accidents de la circulation et les chutes de civilisation. Ne vous laissez pas abuser par les poses que nous prenons pour tromper notre monde. Il ne faut pas nous surestimer. Nous ne travaillons que dans l’éphémère, pour l’édition suivante. Même s’il a fabriqué des générations de paons sentencieux et bouffis d’eux-mêmes, notre métier est finalement une école de modestie.

Je voulais que vous sachiez qui nous étions avant de vous dire ce que nous voulons. Nous avons beau prendre des précautions pour vous rassurer, sachez que nous suivons tous la même logique : nous voulons tout savoir et tout le temps. C’est notre vocation. Nous ne supportons pas les mystères et les cachotteries. Nous sommes prêts à frapper inlassablement à la même porte dès lors qu’elle est fermée. Nous détestons les verrous, les barrières ou les paravents. Pour nous, les secrets sont faits pour être violés. Nous sommes tous d’incurables curieux, jamais rassasiés d’informations. Si vous nous en jetez une dans l’espoir de nous calmer, vous perdez votre temps : notre faim est insatiable. Ce sont toutes les vérités du monde que nous voulons dévorer.

L'Eglise
Mgr Jean-Michel di Falco a écrit : « Communiquer est l’être même de l’Eglise . L’Eglise, par vocation, n’est pas tournée vers elle-même, mais vers les autres, vers ceux que chaque chrétien côtoie tous les jours ». Je suis d’accord, cent fois d’accord. Le Christ n’a pas cessé de communiquer. Mais je ne suis pas sûr que l’Eglise suive toujours bien son exemple.
Malgré les appels du pape à l’évangélisation, il me semble que le clergé vit trop souvent replié sur lui-même, comme cerné par le monde qui l’entoure. Moi aussi, j’ai envie de lui dire : « N’ayez pas peur ». N’ayez pas peur des médias qui récupèrent et déforment tout. N’ayez pas peur d’aller où vos pas vous mènent, quitte à prendre des coups. N’ayez pas peur de hurler vos vérités à la face du monde, même si elles sont déplaisantes.

L’Eglise a tort chaque fois qu’elle cherche à se faire bien voir de son temps. C’est la limite de la relation entre les prêtres et les médias qui, par définition, épousent leur époque dont ils sont simultanément la matrice et la progéniture. Les incompréhensions et les conflits sont inscrits dans la nature des uns et des autres. Nous devons les accepter.
Dans un texte annexe à son « Pamphlet contre les catholiques de France », Julien Green écrivait en 1924, à l’âge de 24 ans, puisqu’il avait l’âge de son siècle, des lignes qui sont toujours d’actualité. :
« Ne vous conformez pas au monde (huic saeculo), c’est-à-dire n’avilissez pas votre catholicisme en le mêlant à la vie du monde, faites-en quelque chose de surnaturel, d’étrange : ayez l’air étrange (étrange : étranger). »

Puisse l’Eglise ne jamais prendre la forme du siècle. Si un jour elle écoute les petits mufles du réalisme qui lui ordonnent de s’adapter à son époque , elle faillira à sa mission.

[...]nous devons accepter l’idée de malentendus entre nous, tant nos logiques sont contradictoires. Pourquoi faudrait-il que le Vatican réécrive les Dix Commandements de Moïse, tous les dix ans, au gré des dernières enquêtes d’opinion ?
L’Eglise n’est plus le centre du monde, mais son point de repère. Elle doit accepter d’être prise à partie par la presse. J’ose dire que c’est même souvent bon signe. Elle doit seulement, chaque fois qu’il le faut, rectifier, démentir ou rétablir les faits. [...]

Pour communiquer, il faut toujours choisir son heure. Mais, sans hésiter, par la suite, à s’expliquer. Ou, si nécessaire, à rendre les coups. [...]

Oui, ce que nous attendons de vous aussi, c’est que vous n’ayez pas peur de nous. Cessez de nous ménager. Demandez-nous des comptes. Questionnez-nous. Grattez là où ça fait mal : la commercialisation de l’information ; la mainmise de grands groupes industriels sur les médias ; l’espèce de neutralité froide affichée par les médias devant l’horreur du monde. [...]

N’en doutez pas : une Eglise prudente, compassée ou calculatrice ne sera jamais respectée par les médias. La meilleure communication est celle qui vient du fond du cœur. Pour être bien entendu, vous devez être vous-même, avec vos contradictions : engagés dans votre époque, partout où les humains souffrent, et en même temps enracinés dans les siècles, sans chercher à être à la page.

[...] vous devez témoigner partout où on a besoin de vous, sous peine de donner raison à Julien Green qui écrivait, révolté : « Il est effrayant de voir à quel point le catholicisme dérange peu la vie des hommes. »

L’Eglise doit être partout. Dans les bidonvilles, au milieu des catastrophes, parmi les damnés de la terre, et aussi sur le petit écran. Il ne s’agit pas, pour elle, d’être de son temps. Il lui faut déranger son temps. Je vous en supplie, dérangez-nous, dérangez le monde.
C’est tout le bonheur que je nous souhaite



Ce à quoi Benoit XVI répond aujourd'hui en remerciant les media pour leur contribution à l’actualité du Saint-Siège ces dernières semaines:
Citation:
« On peut dire que grâce à votre travail, pendant plusieurs semaines, l’attention du monde entier est restée fixée sur la basilique, la place Saint-Pierre et le palais apostolique, à l’intérieur duquel mon prédécesseur, l’inoubliable Jean-Paul II, a clos sereinement son existence terrestre, et où ensuite, dans la chapelle Sixtine, Messieurs les Cardinaux m’ont élu comme son successeur ».

« ces événements ecclésiaux d’une importance historique ont eu également par vos mérites une couverture mondiale. Je sais bien combien de fatigue cela a comporté pour vous, contraints à rester loin de vos familles et de vos maisons, en travaillant avec des horaires prolongés et dans des conditions pas toujours aisées. Je sais la compétence et le dévouement avec lesquels vous avez accompli cette tâche pas facile. Pour tout cela je voudrais vous remercier en mon nom et spécialement au nom des catholiques qui vivent dans des pays très distants de Rome et qui ont pu partager ces moments de foi émouvants en temps réel. Prodiges et capacités extraordinaires des moyens modernes de communication sociale! »



Le pape a dit sa volonté de poursuivre ce dialogue fructueux, affirmant qu’il partageait « ce qu’observait le pape Jean-Paul II concernant le fait que « le développement actuel des communications sociales pousse l’Église à une sorte de révision pastorale et culturelle permettant de faire face au changement d’époque que nous vivons » ».

Enfin, le pape a rappelé la nécessité d’un sens de la responsabilité concernant notamment ses reflets dans la conscience et la mentalité des personnes et la formation de l’opinion publique.

Il insistait sur la référence à la « responsabilité éthique » dans ce domaine, la « sincère recherche de la vérité », de la « sauvegarde du caractère central de la personne et de sa dignité ».


[ Ce Message a été édité par: Zebre le 27-04-2005 13:44 ]
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Af' Le Loup
Membre confirmé

Nous a rejoints le : 03 Juil 2004
Messages : 3 870

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Franz-Olivier Giesbert, je crois anime "Culture et dépendances" une émission littéraire. S'il exhorte l'Église au courage, ce n'est pas lui qui prend les coups, c'est quand même un peu plus facile. Mais son intervention est quand même à saluer surtout s'il s'engage personnellement à soutenir l'Église dans l'attitude qu'il prône. Les journalistes (les vrais) ont faim de vérité, pas de sensation même si ça les nourrit bien. Eux aussi ont besoin de se libérer, de s'émanciper de tout ce qui fait obstacle à leur vocation.

Af'
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errantgris
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Nous a rejoints le : 19 Mai 2005
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Zebre
Zebra One

Nous a rejoints le : 19 Oct 2001
Messages : 13 984

Réside à : Lyon
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Pour rebondir un peu sur ce sujet, quoique qu'en fait ce qui va suivre concerne tous les sujets, je trouve très sain pour nous tous de méditer les paroles que l'évêque de Namur place dans son nouveau livre "Catholique ? Rien que du bonheur", qu'il a livré en exclusivité à un blog catholique parlant de pie XII.

Je trouve qu'il faudrait les relire souvent sur un forum où la la "disputatio" ne mène souvent à rien.
Et voici pourquoi :

[Catholiques du monde entier],
Pendant ces dernières décennies, vous vous êtes défendus, vous avez répondu aux attaques, vous vous êtes justifiés. Le plus souvent avec de solides arguments. Mais inutilement, car vos contradicteurs se moquaient éperdument de vos raisons, même les meilleures. La seule chose qui les intéressait était de vous pourfendre et de voir comment vous alliez gigoter sous leurs traits. Un peu comme certains journalistes (pas tous, heureusement !) qui vous posent mille questions, mais attendent tout sauf une réponse. La preuve : quand vous commencez à traiter point par point le sujet évoqué par eux, c'est tout juste s'ils ne bâillent pas d'ennui. Avec un léger sourire, comme pour dire : « T'as pas encore compris ? Nous, le débat, on s'en fout ; c'est le ping-pong qui nous intéresse. »


Au fond, nos contradicteurs connaissent à l'avance nos réponses et je leur fais la charité de penser qu'au fond d'eux-mêmes ils savent et reconnaissent qu'elles sont vraies. Ils savent pertinemment que Pie XII, l'ennemi juré de Hitler, n'a jamais été un complice de l'holocauste et qu'il faut interpréter autrement certaines prudences à certains moments.


Ils savent qu'aucun ministère de la santé ne recommande le fameux préservatif comme moyen de contraception (ce qui en dit long sur sa fiabilité limitée) et que sa promotion systématique contribue davantage à multiplier les comportements risqués qu'à freiner la contamination.


Ils savent que les croisades, avec leurs grandeurs et leurs horreurs, sont à resituer dans leur contexte historique.


Ils savent que le procès de Galilée était un fourre-tout d'astronomie moderne naissante, de physique aristotélicienne dominante, de métaphysique grecque et médiévale, de théologie scolastique, de psychologie complexe (des deux côtés !), mais dont l'enjeu fut finalement plus une certaine idée de la place de l'homme dans l'univers (débat toujours en cours aujourd'hui) qu'une thèse de mécanique céleste. Thèse que Rome eut tort de ne pas accueillir comme telle, certes, mais dont la portée a perdu beaucoup de poids depuis la théorie de la relativité restreinte, puis généralisée.


Ils savent que le bouddhisme n'est sympathique et attirant qu'à la condition de ne pas trop gratter son fondement métaphysique, à savoir l'inconsistance des êtres concrets, y compris de l'individu humain, réduits à n'être qu'un agglomérat éphémère de phénomènes évanescents.


Ils savent que la pédophilie est une perversion liée au développement psychologique de l'individu et que cette tendance monstrueuse se déploie surtout dans le milieu familial et est majoritairement le fait d'hommes mariés.


Oui, ils savent tout cela (ne leur faisons pas l'injure de penser le contraire !), mais ils continueront à vous servir sur un plat les silences coupables de Pie XII (que tant de Juifs ont remercié pour son action), les condamnations mortifères du préservatif par Jean-Paul II (qui n'en a jamais parlé !), l'obscurantisme scientifique de l'Église catholique (qui a pourtant produit tant de savoir), le dogmatisme de l'Église en contraste avec la tolérance tout-sourire du Dalaï-Lama et les quelques cas, rares heureusement, de prêtres pédophiles, en soulignant la nécessité urgente de supprimer le célibat des prêtres (alors que, selon ce raisonnement idiot, ils devraient plutôt proposer la suppression du mariage et de la famille !). Et beaucoup d'autres choses du même genre !



Eh bien, cessons les batailles inutiles ! Mais continuons à penser, et avec rigueur. Car, à la différence de beaucoup de contestataires, qui ratifient sans esprit critique les poncifs de la remise en question, l'authentique pensée catholique est allergique au dogmatisme et, pire encore, au fondamentalisme. Il faut toujours savoir pourquoi nous croyons et être prêts à présenter nos raisons de croire et à justifier rationnellement nos positions devant ceux qui nous interrogent, pourvu, bien sûr, qu'ils attendent vraiment une réponse. Sinon, le ping-pong peut suffire, qui est un divertissement comme un autre.

Mgr André-Mutien Léonard, évêque de Namur
source


j'en viesn de plus en plus à être d'accord avec lui. Cela fait quelques années seulement que j'ai découvert, sur ce forum au cours d'une disccussion sur l'avortement, qu'il ne sert STRICTEMENT à rien de convaincre quelqu'un qui ne veut pas croire autre chose que ce qu'il croit.
Mais il faut d'abord lui donner envie de croire; alors seulement les arguments compterons pour lui.

Comme le suggère son titre, d'abord propageons le bonheur, la vérité viendra ensuite.
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Thibault
Papa ours
  
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Nous a rejoints le : 10 Août 2005
Messages : 1 639

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comme le disait Bernadette Soubirou : "Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire"
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Manège
carrousel

Nous a rejoints le : 27 Juil 2005
Messages : 1 171

Réside à : Paris
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Merci, Zèbre de nous citer ce texte très intéressant.

Effectivement, il ne sert trop souvent à rien de vouloir convaincre, car la personne en face n'a aucune envie d'être convaincue (mais restons humbles... ça nous arrive aussi).
Pour autant, je trouve tout de même Mgr Léonard bien "optimiste" quand il avance que nos contradicteurs, en général, savent bien où se trouve la vérité... Hum ! C'est sans doute vrai pour certains, mais hélas je crains que la rumeur et l'opinion commune n'aient fait bien plus de mal qu'il ne semble le croire. (Ou du moins, en France... ce qu'il dit est peut-être juste en Belgique, après tout.)
Le drame, c'est que même après avoir montré à grand renforts de spécialistes, par exemple, le rôle de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale, ou expliqué l'inquisition et les croisades, beaucoup de gens croient encore ce qu'ils pensaient avant. Pourquoi ? parce que "tout le monde le sait", sans doute. Un peu comme les épinards riches en fer... on a prouvé que c'était faux, mais tout le mondre (ou presque) y croit encore. (Moi le premier, j'ai encore le réflexe de le penser.)

Le problème (et on rejoint ici le texte de François Taillandier que je viens de citer dans le fuseau sur le prétendu tombeau de Jésus), c'est ce que les gens sont prêts à croire. Ce à quoi ils ont envie d'accorder du crédit. Et ça, difficile d'y changer quoi que ce soit. Nous avons un vrai travail à faire, en profondeur.



Je redécouvre aussi avec joie le texte de Giesbert, et (outre son appel à l'Eglise) sa vision très juste des journalistes... Je sens que je vais y revenir, à ces extraits !
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